Photo de mon premier roman. Facile d'être édité ? Que nenni !
Ce récit, autobiographique, je l'ai écrit il y a bien des années. Aucune maison d'édition n'en voulait. Il est vrai qu'à cette époque je résidais à l'Ile de la Réunion : pas terrible pour prendre des contacts... Et puis j'ai participé à 2 émissions télé car ma cavale amoureuse, à une certaine époque, avait fait la Une des journaux. De là j'ai été contactée par un metteur en scène : Benoît Jacquot. Le film (j'en suis co-auteur) a été présenté au festival de Cannes 2004. Avec un tel support il est vrai que cela m'a été plus facile de trouver une maison d'édition...
Tout ceci a pris une dizaine d'années... Comme quoi il ne faut jamais lâcher prise....
Beaucoup d'émissions télé : 7 à 8, Ardisson, Mireille Dumas, ça se discute, journal de la 2, Ce que femme veut, Canal +, 13ième rue et bientôt Toute une histoire sur France 2. Beaucoup de magazines, de journaux et de radios. La première fois que je suis passée à la télé j'avais les jambes qui tremblotaient. Après, on prend sur soi.
Mais si c'était à refaire...... Adieu Benoit Jacquot, bonjour Luc Besson. Je voulais un film à la Nikita, j'ai eu un film en demie teinte. Rien à voir avec la réalité !
J'ai terminé mon deuxième roman, qui sera normalement édité nulle part et j'ai entamé mon troisième roman. En attendant j'ai terminé un scénario long métrage. Si chaque projet demande 10 ans pour aboutir, il me faudrait une autre vie... Mais je continuerai quoi qu'il arrive !
Pour le scénario, à mon avis, cela va être encore plus difficile… Pourquoi ? Parce que j’habite dans le midi de la France. Lorsque vous contactez des maisons de Production, on vous demande d’envoyer votre travail, mais on ne vous répond jamais, pire, on égare votre courrier… De quoi ça parle ?
Il s'agit de la vie d'une femme, sa fragilité, sa force, à travers des aventures qui ne durent jamais. Elle n'a jamais pu faire le deuil de son premier amour, ce dernier est mort... Une balle en pleine tête... De Paris elle se retrouve projetée Öutre mer, puis en banlieue parisienne, sur la côte, en Province et de nouveau Outre mer. Elle écrit, invente, dépose des brevets, monte des sociétés, bref, se disperse, toujours à la recherche d'elle-même. Mais elle se bat, relève toujours la tête malgré ses galères, jusqu'au jour où son premier scénario est remarqué par un réalisateur...
A la SACD, ils ont beaucoup aimé mon scénario. Une comédie dramatique... Vivement la suite !
1er Extrait Page 1 à 5 :
Février 2001
- Monsieur Batisti Dominique, levez-vous s’il vous plait.
Je regarde autour de moi, scrute les visages de la cour à la recherche d’une réponse.
- Mr Batisti vous êtes condamné à verser à Madame Elisabeth Dorsay la somme de 20 000 € plus 10 000 € de dommages et intérêts.
Je regarde Dominique, il y a vingt et un ans, c’est ma pomme qui était sur le banc des accusés. Une autre histoire, une autre vie, une autre époque…
Je soupire. Finalement il a fini par être condamné ce salaud… Sept mois de vie commune. Pour une fois que j’avais réussi à m’engager dans une vie de couple ! Filou, escroc de petite envergure qui détrousse les femmes en leur faisant croire au grand amour ! Mince, moi qui croyais avoir tout vu dans ma vie !
Quel gâchis… Je suis assurément quelqu’un de gai, on pourrait même dire que je suis vouée à la bonne humeur et aux facéties, mais à l’heure d’aujourd’hui j’ai l’impression d’avoir pris un aller simple pour la morosité. C’est la déconfiture…
Un ex petit copain m’a déclaré il y a quelques années de cela que l’on ne pouvait se marrer ad vitae aeternam et qu’en vieillissant je serai bien obligée d’abandonner mes enfantillages. « Tu verras, tu feras comme tout le monde. »
Tout mais pas ça !
Moi je suis ce que l’on appelle une extravertie, une épicurienne au sens noble du terme. Il faut vraiment que les épreuves y mettent de la bonne volonté pour me couper cet élan qui me transcende ! Mais la vie est coriace et on a beau résisté, on finit parfois par se laisser prendre au piège… Je viens d’en prendre plein la gueule, mais je sais que je me relèverai, comme d’habitude…
L’humour, c’est ce qui me permet de vivre. L’émerveillement c’est ce qui me permet de rester une enfant. Gamine, j’étais la meneuse de revue, celle qui se donnait en spectacle pour faire rire les copines. J’étais un comique, un comique espiègle et ingénieux… Vaniteuse moi ? Certes non, mais aujourd’hui j’ai envie de m’envoyer des gerbes de fleurs, car après avoir cru pendant plus de quarante ans que j’étais un petit rien dans un grand tout, j’ai fini par m’apercevoir que j’étais un petit tout dans un grand rien.
J’ai passé une grande partie de ma vie non pas à me reconstruire mais à me construire tout court. A travers cette recherche d’identité on peut dire que j’ai eu de la chance. De la chance parce que j’ai au fond de moi cette aptitude au bonheur que beaucoup n’ont pas. Je ne suis pas bêtement optimisme mais le fatalisme, c’est pas mon truc. J’aime comprendre et mon insatiable curiosité m’a permis de me nourrir des autres, de me positionner par rapport aux autres et au final d’accepter le personnage que je suis avec ses toutes contradictions. Ma route a été fort longue, instable voire chaotique, mais elle s’est enrichie sans relâche. Néanmoins on peut dire que les débuts n’ont guère été faciles.
Les cauchemars ont parsemé les nuits de mon enfance et à l’adolescence je menais une double vie. Ce que je voyais dans mes songes obscurs se mêlaient à la réalité de la lumière. Mes parents n’y ont pas prêté attention. Alors, entre diables, vampires et morts-vivants j’ai fini par me sentir différente. Peut-être frappée par un anathème dont personne ne voulait me délivrer. De bonne composition je tentais cependant de m’adapter à mon environnement et le rire, l’autodérision me permettaient de panser ma différence. Quant à ma viscérale empathie elle me permettait, elle, de m’oublier…
En gros, et pour commencer, je devais m’appeler Philippe. Ils m’ont appelée comme ils ont pu et m’ont regardée grandir comme on regarde un bout de scotch qui reste accroché à un doigt. Et c’est que je m’y suis accrochée à leur doigt, à leur cœur… Costaud la gamine, pas question pour elle de capituler. « Mais tu vas nous lâcher dis ! » Je demandais de l’amour, je n’ai eu que de l’indifférence, alors, j’ai fini par déconner.
Des zéros de conduite à l’école, des fugues, des sorties nocturnes. Cela n’est pas suffisant ? Dans ces conditions je vais fumer de la marijuana, boire de l’alcool, prendre de l’acide, faire l’école buissonnière. Y aurait-il quelqu’un dans cette maison qui pourrait prendre conscience que j’existe ? Non ? Alors j’abandonne mes études. A dix sept ans j’ai quitté le cours privé de la rue Carnot pour entrer dans une école de décoration d’intérieur à Clichy. Un an plus tard, je délaisse mes cartons à dessin pour vivre la nuit. A la maison personne n’y prêta attention.
Il ne me restait plus qu’à partir… Et je suis partie en cavale avec un prince charmant cambrioleur qui venait de commettre un hold-up. Un fait divers qui fit la Une des journaux dans les années 70.
2ième extrait page 104 à 108 :
Restaurant magnifique au bord de l’eau. Le grand tralala quoi. Vu son air doucereux je devine qu’il va encore me parler d’avenir, de nous deux. Bingo !
- Alors, qu’en penses-tu ?
- Pascal, si je comprends bien ce que tu veux me faire passer comme message, tu m’aides à condition que je vienne habiter chez toi. C’est cela ?
- Oui et non, enfin comprends moi Lili, j’ai vraiment envie que l’on construise quelque chose tout les deux.
- Plus tard Pascal, plus tard. On vient à peine de se connaître non ?
- Ecoute peu importe. Regarde je t’offre une vie de rêve et toi tu préfères rester dans ta bicoque ! Je ne te comprends pas Lili.
- Quoi ma bicoque ? Qu’est-ce qu’elle a ma bicoque ? Tu veux que je te dise, eh bien ma bicoque je l’aime moi ! Je l’adore !!!
Pascal plonge dans son dessert. Consciente du malaise qui le traverse, je change de conversation. Je le branche politique, un sujet qu’il maitrise bien. Il se décontracte enfin, heureux de m’apprendre ce qu’il sait. Après avoir fait le tour des élus locaux, sa voix perd de sa tonalité, de son assurance. Il pose sa main sur la mienne, toussote pour s’éclaircir la voix et gentiment me demande
- Tu viens dormir à la maison après ?
- D’accord, mais on ne parle plus de nous deux pour l’instant. On verra plus tard…, lui ai-je doucement susurré.
Il sourit devant ma mine de femme conquise, assurément certain qu’il me fera changer d’avis. Essayant d’oublier que finalement le personnage assis en face de moi n’est sans doute pas l’homme de ma vie, je lève mon verre de Château Figeac ;
- Aller Tchin Tchin Pascal ! Elle est pas belle la vie non !
Trois heures du matin. Pascal rejette les draps et se lève.
- Tu as faim, tu veux quelque chose ma puce ?
- Je meurs de faim et de soif. Des fraises et un doigt de champagne ! Tu as ça chez toi ? Non, je plaisante. Je ne sais pas moi, comme toi !
Pascal est parti dans la cuisine. Je remonte le drap sur ma nudité. Je ne sais si je dois me faire une raison. La chambre est spacieuse et luxueuse. Même si cette sécurité me tente, j’aurais sans doute préféré faire l’amour avec un vrai gladiateur au corps de rêve, quelque part sous une tente de bédouin…
- Tu penses à quoi ma puce ? dit Pascal en réapparaissant dans la chambre avec un plateau.
- A rien de spécial… Mais dis donc toi, tu ne m’as même pas demandé où en étaient les démarches concernant mon livre !
Du coca, deux verres et une assiette de cakes. Mon gladiateur de pacotille pose le plateau sur le lit et reste debout.
- Tu sais bien ce que j’en pense de tout ça. Tout le monde écrit, tout le monde a quelque chose à dire, tu crois vraiment qu’on t’attend ?
- Ah c’est sympa ça, t’es plutôt encourageant comme mec !
- Dis donc je te signale que je l’ai lu ton livre. Franchement, ce n’est pas terrible. Personnellement je trouve que j’ai une plus belle plume que toi.
Vexée dans un premier temps, amusée dans un deuxième, je ravale mon envie de rire. Quelle bêtise de me dire pareille chose, quelle prétention ! Celui-là on peut dire que je n’ai pas intérêt à lui faire de l’ombre…
- Pourquoi tu écris toi aussi ? Ai-je demandé mi intriguée mi amusée.
- Mais oui ma belle. Moi aussi j’écris figure-toi, mais pour l’instant je n’ai pas l’intention de le faire lire à qui que ce soit. C’est très personnel…Plus tard, on verra.
- Bon, alors quand tu seras prêt, n’hésite pas !
Pascal, inconscient du ridicule qui plane au-dessus de sa tête, s’assoit sur les draps froissés.
- Pour en revenir à toi, il me semble que tu manques un peu de réalisme et d’objectivité ma chérie. Tout d’abord tu ne connais personne dans le milieu de l’édition, ensuite tu te trouves à la Réunion et pour finir des histoires comme la tienne, ça court les rues.
- Ah ! Les hold-up et les cavales ça court les rues. Je ne le savais pas. J’aurais du m’informer.
- Bon ça va, mais tout de même Lili, redescends sur terre ! Franchement comment comptes-tu t’y prendre ?
- Aucune idée, mais j’irai jusqu’où bout en tous cas, avec ou sans connaissance !
- Mais je suis là moi. Je peux te faciliter la vie. Tu n’as qu’à demander. Aller ma puce, tu ne serais pas mieux ici, chez moi ?
J’essaie de garder mon calme et la contraction de mes zygomatiques.
- On en a déjà parlé des centaines de fois mon petit Pascal, tu sais ce que j’en pense…
- Oui, je sais, mais tu peux habiter tout le premier étage si tu veux. Tu auras ta chambre, celle de ta fille et puis…. Et puis, je t’aime moi…
- Bon aller, et si on mangeait un de ces délicieux petits gâteaux hein !
Je m’empresse de saisir un petit cake aux fruits confits qui fait grossir et commence à le grignoter. Pascal ne bouge pas mais je sens bien qu’il bout.
- C’est toujours la même rengaine avec toi Lili. Ca suffit. Maintenant tu prends une décision. Ou c’est oui, ou c’est non. Mais je te préviens que si c’est non, pas question que je te donne un coup de main pour ton bouquin ou pour tout autre chose d’ailleurs !
Je lâche le morceau de cake sur le lit. J’ai des fruits confits qui me collent aux dents. Tant pis pour le tableau, j’ouvre la bouche toute grande
- Quoi ! Ah, le masque vient de tomber… T’es vraiment un beau salaud de me dire ça quand même !
- Eh toi tu t’es regardé avec tes rêves d’adulte attardé ? Pour qui tu te prends ? Tu n’es qu’un parasite Lili, un parasite !
Je pense à ma bicoque, à mon griffon qui doit ronfler sur la carpette. Je pense à ma voisine Christelle, de huit ans mon aînée, qui m’attend toujours pour boire son café qui tue (un café à la vanille qu’elle laisse en permanence au chaud pour les invités surprise). A chaque fois que je sors de chez elle, j’ai la tremblote.
Je rêve de retrouver mon petit univers qui me ressemble. Chez moi ça sent la liberté. Je mets les voiles !
Aller rendez-vous dans dix ans. Je me rhabille et abandonne Pascal avec son coca, ses cakes et sa vie de rêve.
Du coup, je perds le job qu’il m’avait promis, standardiste.
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